Manif à Lyon

Publié le par Nico

Chers amis, chère famille, chers proches ou moins proches,

Je vous écris pour vous faire part de ce que j’ai vécu, un récit témoignant comme tant d’autres de la
réalité des violences policières.

Le 9 mars, j’étais présent à un rassemblement devant la cité internationale contre le forum Biovision à
Lyon. Il s’agissait d’un forum international sur les sciences de la vie, réunissant les plus grands représentants
des lobbys pharmaceutiques, biotechnologiques et industriels. Lors de ce forum il était officiellement question
d’éthique et d’avancée technologique mais en réalité les débats tournaient plus autour de la biométrie, des
technologies d’armement et de surveillance. Ces soit disant avancées des sciences de la vie, censées servir la
collectivité, ne sont en fait utilisées qu’a des fins privées et commerciales. [sans nier ce qui est dit, je n'ai pas les éléments pour être d'accord avec, NDN]

Nous étions plus d’une centaine de manifestants à nous réunir à cette occasion pour protester contre la tenue
de ce forum. Après plusieurs heures de protestation la police a décidé de mettre fin à notre rassemblement…

Nous nous sommes faits encercler puis repousser vers une des entrées du parc. De peur de se faire
enfermer dans celui-ci, certains manifestants ont décidé de bloquer son accès. On a été tellement bousculé par
les policiers que le blocage a fini par céder. On était trop nombreux et l’entrée elle était bien trop petite pour
qu’on évacue rapidement. Les policiers n’en ont pas pris compte et ont continué à nous repousser violemment
vers les escaliers menant au parc. Ils se sont énervés et ont commencé à nous donner des coups de matraque.

A un moment donné, j’ai vu une fille qui commençait à être piétinée par la poussée des policiers. Je l’ai saisi,
relevé et rejeté vers les escaliers. Suite à cela, Je me suis retrouvé dans la ligne qui était au contact avec les
forces de l’ordre. J’ai vu des manifestants se faire agripper, j’ai donc essayé de les dégager. J’étais au coude à
coude avec les policiers en essayant de leur faire lâcher prise en tirant sur les bras des manifestants. Alors que
je gênais fortement un policiers dans son action, celui-ci à voulu s’emparer de moi. Je me suis échappé en
courant dans les escaliers. En arrivant en bas j’ai du ralentir ma course car j’ai été gêné par des manifestants.

Je ne pensais pas être suivi mais d’un coup je me suis fait plaquer par derrière. Je me suis retrouvé au sol,
sonné, et avant de comprendre ce qui m’arrivait j’ai senti une vague de policier sur mon dos. J’étais à plat
ventre. Je me sui senti tiré par un manifestant qui essayait de me dégager. Peu de temps après il a fini par
lâcher prise et les coups ont commencé à pleuvoir sur ma tête. Je n’ai pu que sentir les coups, sans voir aucun
visage. La pression sur moi était trop forte, je pouvais à peine respirer. Je l’ai dit à deux reprises. Alors un
policier a mis sa main sur mon nez et ma bouche, m’empêchant de respirer en me disant « tu vas crever sale
gauchos, tu vas crever ». Quinze secondes après il a retiré sa main et a déplié une sorte de tige métallique qu’il
m’a enfoncé dans mon oeil gauche. Le tout, toujours en essuyant des coups par la masse policière que je
sentais sur moi. J’ai essayé avec difficulté de bouger ma tête pour atténuer la douleur que les graviers
provoquaient sur mon visage. Peu de temps après ils ont voulu me menotter. Ma main gauche était déjà
maintenue dans mon dos mais ma main droite était restée sous moi et je ne pouvais la retirer. Ils m’ont alors
ordonné de leur donner cette main. Mais je ne pouvais pas bouger.

Je leur ai dit. Du coup ils m’ont de nouveau frappé et s’en sont emparé. Je me suis retrouvé ligoté, les mains
dans le dos, attachées par une sorte de corde bien trop serrée. Ils m’ont levé et mis face à un panneau à côté
de mon camarade lui aussi ligoté. J’étais encore bien sonné et ma capuche entre temps était tombée sur ma
tête, j’étais en train d’étouffer. J’ai alors demandé au policier à mes côté de me la retirer. Il l’a saisi et l’a baissé
violemment encore un peu plus sur mon visage. Ils nous ont embarqué et une fois en retrait un policiers a dit «
c’est lui qui a jeté des pierres » en me désignant. J’ai tout de suite nié et ils nous ont embarqués vers les
voitures de police. Entre temps j’avais senti couler le sang partout sur mon visage, j’avais l’impression d’en
avoir partout. Je ne sentais pas encore trop la douleur mais j’étais amorphe. A la voiture, celui qui m’avait
étouffé m’a de nouveau traité de sale gauchos, puis il s’est démasqué et m’a dit « souvient toi bien de ma tête,
je vais te tuer ». Il me l’a dit à plusieurs reprises. J’avais peur de finir seul entre ses mains vu qu’il était monté
dans la voiture avec moi et qu’à chaque fois il voulait que je sois sous sa surveillance. Lors du trajet, il a essayé
de me faire avouer que je l’avais frappé et m’a dit que ce n’étais qu’un jeu, que j’avais perdu.

Après ça j’ai fait 48h interminable de garde à vue sans aucun contact possible avec l’extérieur. J’ai
essayé de ne pas me laisser manipuler car je sentais que je ne pouvais pas faire confiance aux avocats de
permanence ni aux policiers. Il régnait un climat d’incertitudes et de doutes. Je me retrouvais alors seul face à
moi-même, avec la peur que la moindre faiblesse ou maladresse se retourne contre moi.

Pendant ces quarante huit heures, malgré les diverses pressions qui me poussaient à donner mon ADN, je n’ai
pas cédé. Heureusement que j’avais pris cette décision bien avant, car dans ce genre de situation il est très
difficile de s’opposer au bon déroulement de la procédure. J’ai donc refusé le prélèvement ADN, d’une part
parce que c’est l’information la plus intime que l’on peut posséder et d’autre part parce que je conteste le fait
que l’on puisse prétendre classer les personnes à partir de leur code génétique et que l’on puisse les obliger à
rentrer dans un système de surveillance généralisée.

Finalement, j’ai été présenté en comparution immédiate après cette garde à vue avec deux autres
personnes arrêtées lors de la manifestation. Nous avons refusé sur les conseils de notre avocate (cette fois
celle de notre choix) car notre défense devait à tout prix être bien construite et complète face aux différents
chefs d’inculpations. Pour ma part on m’a mis sur le dos les accusations suivantes :
-Violence sur une personne dépositaire de l’autorité publique sans incapacité (de travail)
-violence avec usage ou menace d’une arme sans incapacité
-Rébellion commise en réunion
-Refus de se soumettre au prélèvement biologique destiné à l’identification de son empreinte
génétique par personne soupçonnée de crime ou de délit
- une plainte pour coups et blessure à été déposé par le policier qui m’avait menacé

Si je vous fais part de ce témoignage ce n’est pas seulement pour vous faire partager cette violence
gratuite que j’ai subi mais c’est essentiellement pour dénoncer par ce fait divers, finalement banal, la
répression qui peut maintenant s’abattre sur tous. Surtout ne considérez pas que cette violence est une
exception et encore moins une défaillance du système mais il s’agit bel et bien de son aboutissement.

Christophe
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